De crises en crises, d’où venons-nous, où allons nous ?

Faut-il vraiment détruire la planète pour se développer ? La croissance économique exige-t-elle nécessairement le sacrifice de millions d’hommes et de femmes ? Le chômage des jeunes est-il le prix à payer pour sauver l’économie ? La succession des crises, l’obstination à poursuivre dans la voie du néolibéralisme, la généralisation des injustices, forcent l’humanité d’aujourd’hui à se poser des questions fondamentales. De plus en plus, partout dans le monde monte l’indignation. Le cri des opprimés fait écho au gémissement de la terre-mère.

Les initiatives pour la solution des crises ont continué à échouer: la Conférence ONU sur le climat à Copenhague en 2009 et les réunions ultérieures n’ont pas abouti à des décisions contraignantes. Les recommandations de la Conférence des Nations Unies sur la réglemen-tation des capitaux spéculatifs destructifs ont été ignorées.

Le temps est venu de passer à l’action et à cet effet de développer des idées nouvelles. Réparer les dysfonctionnements de l’économie de marché capitaliste, prôner un capitalisme vert, réguler les marchés financiers, lutter contre la pauvreté par des mesures d’assistance, élaborer des systèmes de sécurité de plus en plus militarisés et criminaliser les résistances, tout cela s’inscrit dans une perspective d’adaptation du système existant. Or ce dont nous avons besoin c’est d’un changement radical : un nouveau paradigme,c’est à dire une nouvelle orientation fondamentale de la vie des êtres humains sur la planète.

Nous venons d’un système en fin de course, car il est devenu plus destructeur que cré-ateur. Nous devons construire l’alternative. La plupart des gens vivent dans la confusion. Nombre de responsables politiques annoncent la fin progressive de la crise, alors même que les indicateurs signalent le contraire. Des partis politiques sensés progressistes se transforment en gestionnaires du système. Les instances morales se limitent souvent à dé-noncer des abus, mais ne signalent les causes et ne condamnent pas les logiques. La vul-nérabilité économique de larges couches des populations les incitent à s’accrocher à ce qu’ils ont péniblement acquis, plutôt que prendre le risque du changement.

Donc, nous devons penser, nous devons analyser, nous devons anticiper – et nous devons créer des alternatives. C’est une tâche pour nous tous, pas seulement pour quelques ex-perts. Vers où allons-nous? Pour répondre à cette question, nous avons besoin de mettre en place un échange permanent dans les deux sens (dialectique) entre le faire et la réflex-ion. Nous nous référons à des nombreux mouvements et des projets qui ont déjà

commencé à relever ce nouveau défi. Les mouvements des Indignados en Europe, le mouvement Occupy-Wall Street dans les Etats-Unis, les réseaux altermondialistes, les mouvements écologistes, les mouvements indigènes et les mouvements des sans terre et des petits paysans, et les mouvements démocratiques en Afrique du Nord et du monde arabe sont l’ex-pression de la recherche de une nouvelle perspective. Exemples de projets concrets tels que la banque de développement inter-régional en Amérique Latine, «Banco del Sur», et le système de paiement sécurisé entre les pays latino-américains à preuve de spéculation (« Sucre »), le revenu garanti pour les petits agriculteurs en Inde (NREGA), le Réseau pour la protection sociale transformatrice (NT SP) dans le Sud-Est asiatique et des nombreux autres projets locaux et interrégionaux utilisent le temps pour travailler pour un avenir meilleur, contre toute attente.

Ce que nous présentons dans cet opuscule, c’est sur la base d’une analyse de la crise, une perspective d’avenir. Elle s’appuie sur des centaines d’initiatives qui annoncent un nouveau paradigme, celui du Bien Commun de l’Humanité, c’est-à-dire la possibilité de vivre harmonieusement avec la nature, dans une société juste et aux multiples expressions culturelles, bref une utopie porteuse d’engagement. Mais pour ne pas que celle-ci reste illusoire, il faut traduire le concept de Bien Commun de l’Humanité en termes concrets, permettant de traduire dans la vie quotidienne les orientations théoriques. Ces dernières seront sans cesse à remettre à jour en fonction de l’expérience des luttes populaires.

L’étape actuelle consiste donc à présenter à la discussion de tous et de toutes les bases d’une pensée capable d’orienter l’action, de donner une cohérence à la réflexion et de servir de base à la convergence des mouvements pour changer les orientations de la vie commune de l’humanité sur la planète. C’est une oeuvre de longue haleine, mais qui exige un engagement immédiat. Une étape suivante sera de dégager les acteurs et de formuler les stratégies, non pour réinventer ce qui existe déjà, mais pour donner une force nouvelle aux luttes et aux initiatives qui anticipent la réalisation du Bien Commun de l’Humanité. C’est ce que nous voulons entreprendre.

Birgit Daiber et François Houtart

Bruxelles / Quito, 30 de novembre 2011

Texte-préface du document « Des Biens communs au Bien Commun de l’Humanité » de François Houtart disponible ici : www.cetri.be/IMG/pdf/bien_commun_de_l_humanite.pdf

 

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