La paix ou la guerre ?

Un trait de fond de notre espèce est le lien à la paix et à la guerre, car nous sommes traversés par des sentiments d’empathie et d’antipathie.

D’où nous viennent ces pulsions contraires ? Sans doute de notre survie dans un monde en partie hostile. Nous sommes très influencés par la pensée que l’homme est un loup pour l’homme. L’idéologie néolibérale, sous couvert d’efficacité pour acquérir davantage de bien-être matériel, privilégie la confrontation sur la coopération. Implicitement ou explicitement, elle postule que la lutte contre autrui est première, alors que nous savons que l’empathie se trouve fortement ancrée, depuis les origines de l’humanité, dans notre cerveau. La découverte des neurones miroirs nous l’a confirmé. Et nous pensons que l’empathie est beaucoup plus importante pour notre développement individuel et collectif que l’agressivité.

Mais, voyons ce que nous racontent les archéologues. Ils s’accordent pour décrire une nette montée des inégalités, des violences guerrières et des hiérarchies sociales au cours du néolithique, mais avec des oscillations. Elles sont liées à l’augmentation de la population dans un espace qui est colonisé dans son ensemble au Moyen-Orient et en Europe vers la fin du néolithique, ainsi qu’à l’accroissement des richesses et au développement de la maîtrise de la métallurgie du cuivre, puis du bronze et du fer, qui se diffusent progressivement. Les cultes domestiques à dominante féminine s’étaient développés fortement dans les premiers millénaires du néolithique en lien avec la domestication des plantes et des animaux. Les sociétés humaines vivaient alors une croissance extraordinaire et inventaient tous azimuts. Il y a des indices pour penser que cette révolution-bifurcation de l’humanité ne se déroulait pas dans la guerre. Mais, plus tard, avec l’apparition du métal et des hiérarchies, les cultes de fertilité et de fécondité cèdent le pas sur des formes diverses de temples qui rassemblent la collectivité dans son ensemble, et les déesses-mères vont devenir secondes par rapport aux forces du soleil et de la guerre, divinités masculines.

Il est de fait probable que la paix ait précédé la guerre. L’exégète Paul Beauchamp confirme que cette vision est celle de la Bible : la fondation de notre être par la douceur et dans la paix (Genèse 1, le jardin d’Eden) est plus ancienne, plus fondatrice que la deuxième fondation (Genèse 9, l’alliance avec Noé qui affirme la domination de l’homme sur tous les animaux), elle est plus proche de notre essence. La guerre n’est pas le langage premier et inné des hommes. La douceur viendra après la violence parce qu’elle était avant elle.

L’homme créé à l’image de Dieu, qui se nourrit exclusivement de végétaux en sa genèse et donc qui ne tue point d’animaux, s’il signifie pour les hommes de la Bible l’appel à une société pacifiée, est aussi le rappel d’une société d’abord pacifique. Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder (Genèse 2, 15).

Cette vision de la paix originaire est présente dans les grandes traditions religieuses et philosophiques.

Les conséquences politiques de cette compréhension et de cette vision sont considérables. Ce n’est pas la violence qui est première, mais l’égalité donc la justice. Les études des anthropologues et des ethnologues sur les formes des échanges par le don, entre les peuples, les clans, les familles, montrent leur très grande variété, mais toutes sont destinées à maintenir la paix dans l’équilibre. Or c’est la paix et non la guerre qui est une condition du bonheur des hommes. Dans son Traité politique, Spinoza indique que la paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice. Si la paix est un effort, cet effort est naturel, au sens qu’il est inscrit en notre nature.

Notre travail est donc d’accueillir les métissages qui font l’humanité, non pas dans la méfiance mais dans la confiance que là est notre destinée. Aujourd’hui, à la différence d’hier, nous en avons la connaissance. Notre travail, notre effort est d’y oeuvrer dans la joie.

Dans son étonnant récit, Un barbare en Asie, Henri Michaux conclut son texte par cette phrase : il y a eu partout tellement d’invasion de races diverses, Huns, Tartares, Mongols, Normands, etc, et tant d’afflux de religions diverses, néolithique, totémique, solaire, animiste, sumérienne, assyrienne, druidique, romaine, islamique, bouddhique, nestorienne, chrétienne, etc, que personne n’est pur, que chacun est un indicible, un indébrouillable mélange. Assurément toute culture est interculturelle. Réjouissons-nous en !

 

Olivier Frérot

Extrait du livre « Contribuer à l’émergence d’une société neuve et vive« , publié chez Chronique sociale en janvier 2017

https://solidaritesemergentes.wordpress.com/contribuer-a-lemergence-dune-societe-neuve-et-vive-des-chemins-a-investir/

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