L’éthique de l’environnement

Une importante et salutaire réflexion philosophique se cristallise autour de l’éthique de l’environnement. Appliquant ses réflexions à la protection de la biodiversité biologique, John Baird Callicott, l’un des fondateurs de la philosophie environnementale, explore les fondations intellectuelles de cette éthique et les apports philosophiques et écologiques qui l’alimentent, notamment ceux d’Aldo Léopold (1887–1948) dont il est un exégète de sa pensée sur « l’éthique de la terre ». Callicott prit une part active au lancement en 1979, de cette revue fondatrice qu’est Environnemental Ethics. Il est un ardent défenseur de l’idée que nous sommes à l’aube d’un changement radical de paradigme quant aux interactions entre humains et non-humains, précédant ou rejoignant ainsi un nombre croissant d’écologues puis d’économistes et d’anthropologues.

Il existe de nombreuses lectures, souvent différentes, voire contradictoires, de l’écologisme, au point que le risque est grand de faire un amalgame entre elles et de discréditer celles qui contribuent à la construction d’un nouveau modèle associant l’environnement aux besoins et aspirations des sociétés humaines. Dans son essai Le Nouvel Ordre écologique, Luc ferry stigmatise trois attitudes vis-à-vis de l’environnement: l’écologisme anthropocentrique qui souhaite protéger la nature au bénéfice exclusif de l’homme, l’écologisme de la libération animale qui défend l’intégrité de tous les êtres sensibles sans privilégier les humains, et l’écologisme des droits de la nature dans sa totalité. Ces attitudes correspondent respectivement, sans que Ferry explicite, à l’anthropocentrisme au biocentrisme (zoocentrisme si l’on se limite à ces êtres sensibles que sont les animaux) et à l’écocentrisme.

Alors qu’il reconnaît la nécessité de surmonter la radicalité de l’anthropocentrisme cartésien, Ferry récuse toute forme de « droits de la nature », expression soulevant effectivement des problèmes épistémologiques, voire juridiques, bien qu’il reconnaisse tout de même que l’homme a des « devoirs indirects » envers elle. Mais la posture pamphlétaire est quelque peu réductrice de son discours, qui ne fait aucune référence à l’écologie scientifique, se doit à tout le moins d’être nuancée et réexaminée dans le contexte des nouveaux types de relations qui se tissent entre les humains et leur environnement.

Ces différentes facettes de l’éthique environnementale sont évidemment bien loin d’épuiser la gamme des interprétations du monde. Pour se limiter à deux, songeons par exemple ou Contrat naturel de Michel Serres, qui fait de la nature un quasi-sujet de droit, ou aux réflexions d’Edgar Morin qui intègre depuis longtemps la dimension écologique dans ses travaux sur La Méthode.

Au-delà de tous ces essais, pas toujours dépourvus de malentendus, il reste que les sciences modernes, celles de la nature comme celles de l’homme et de la société, fournissent matière à réflexion tant sur les limites de notre puissance que sur les dérives ou délires de certains écologismes. Se construit actuellement un courant qui défend un concept philosophiquement argumenté de la durabilité et des mutualismes humain/non–humain. Ce concept fait table rase aussi bien des dualismes devenus archaïques entre humain et nature que d’attitudes privilégiant une vision statique telle que la sacro–Sainte « naturalité».

Jacques Blondel

Extrait du livre « L’archipel de la Vie », 2012, éditions Buchet-Chastel, pp 159-160

 

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