Réveillez-vous, un ministre a démissionné !

Un ministre a démissionné : et alors ?

Celui de la pompeuse « transition écologique et solidaire ».

En quoi cette péripétie du « microcosme » parisien nous concerne-t-elle ?

En quoi l’échec d’un ancien journaliste nous intéresserait au-delà du flash de France-Info, juste avant la palinodie du prélèvement à la source, ou les gesticulations avant le prochain dépeçage d’une province au nord d’un désert moyen-oriental , et surtout avant la rentrée du petit, et la reprise au bureau, avec ces fichus embouteillages ?

C’est justement cet oubli rapide de ce qu’on a brièvement considéré comme un épisode du ronron du JT, c’est justement cette indifférence qui m’ont le plus abattu, « scotché » dirait certains.

Pourquoi, alors que nous avons des éléments scientifiques, rationnels d’une situation en évolution vers, non pas une simple dégradation, mais vers un effondrement brutal, ne comprenons nous donc pas ? Ainsi, un homme qui est arrivé pour dialoguer, pour argumenter, sur des bases solides, pour porter un double message de solidarité humaine et de prise en compte du vivant dont nous faisons partie, a jeté l’éponge, se rendant compte qu’il était, non pas face à des lobbies, mais surtout face à une incompréhension et à une indifférence des élites, et au-delà, de l’opinion publique même.

Il est vrai que l’ingénieur routier que je fus a mis au moins 20 ans pour se rendre compte de la trajectoire suicidaire de notre modèle socio-économique. En fait, c’est d’abord l’économie classique qui m’a réveillé, avec un constat simple de tout investisseur : quand on a un capital, il faut faire en sorte qu’il génère un revenu, afin de pouvoir vivre sur ce revenu, car, si l’on puise dans le capital, un jour il n’y aura plus rien, et comment vivre alors ? Or, depuis si longtemps nous puisons dans le capital : pour une calorie dans notre nourriture, nous en puisons six, sept dans le pétrole, pour le carburant des tracteurs, pour les engrais, pour le carburant des frigos et des cargos, etc. Au XVIème siècle, Bernard Palissy recommandait aux hobereaux découvrant l’agriculture de « rebailler à la terre ce qu’elle nous avait donné ». Mais l’économie actuelle est en fait une énorme spéculation, une course effrénée au vol du capital commun : les poissons, les énergies fossiles, les terres cultivables, les forêts, etc. Notre savoir, notre intelligence, notre technologie sont toujours plus puissantes pour creuser, épuiser, vider, détruire, accaparer.

Évidemment, les plus forts emportent le plus, que ce soit le pétrole de schiste, les poissons des grands fonds, ou le soja, ou les terres en Ukraine à Madagascar ou ailleurs. L’irrespect du vivant est synonyme d’irrespect des autres humains. Qui souffrent de saturnisme, sinon ceux qui vivent dans des logements insalubres, qui plus est au bord des périphériques ? Les inégalités sociales sont des inégalités environnementales. Vous, Chrétiens, n’avez vous pas entendu Laudato Si et le message des François, l’ancien d’Assise, l’actuel de Rome ?

Et ceci me rend d’autant plus furieux que l’alternative existe et que justement notre raison, notre science, notre technologie pourraient nous aider, si nous y intégrions justement plus d’humain, plus de vivant. Et le vivant nous donne les leçons, là, depuis 3,8 milliards d’années. Regardez cet arbre, ce brin d’herbe : ils font une chose inouïe, en transformant les rayons du soleil en matière vivante. La photosynthèse est là, sous nos yeux, processus miraculeux qui nous nourrit. Et en plus, le processus capte le carbone de l’air et assainit notre atmosphère en y accroissant la part d’oxygène. Alors, messieurs les scientifiques, messieurs les ingénieurs, quand en ferez vous autant ? Alors même que ces milliards de plantes ne consomment qu’une infime partie de cette énergie solaire qui ruisselle sur la terre. Et ces bactéries qui, dans notre intestin, nous permettent de digérer, c’est à dire de transformer en énergie la matière organique que nous absorbons. Et tant d’autres merveilles, comme cette pervenche de Madagascar au sein de laquelle on a découvert un principe de médicament anticancéreux.

Oui, le départ de Nicolas Hulot, épuisé, effondré, écrasé par le mur de l’incompréhension, et le calcul glacial du court terme est un événement grave. Comme le caillou qui roule sur une pente annonçant le tremblement de terre. Hubert Reeves a coutume de s’émerveiller sur notre intelligence qui nous a permis de faire de si grandes et belles choses, mais qui en a fait de terribles, et ne sert globalement qu’à nous détruire. Aurons nous l’intelligence de réagir, de nous sauver, nous interroge-t-il ?.

Certes, vous faites attention à ne pas laisser couler l’eau, certes vous triez vos bouteilles vides, certes, vous avez acheté des ampoules led. Mais ces rus suffiront-ils, même si chaque colibri fait sa part, comme le rappelle notre rêveur Pierre Rabhi. Mais, pendant ce temps, on lance en mer un cargo géant qui marche au fioul lourd et soufré, et on exploite encore plus le charbon aux États-Unis, repartis dans la course dans le vide, et on continue à répandre des produits qui tuent (savez-vous qu’à l’hôpital de Montpellier, le service oncologie est submergé par les enfants de viticulteurs ou de riverains de vignes, avec un taux de leucémies 5 fois supérieur à la moyenne des enfants en France? Des précisions dans la note ci-dessous). Alors allez au-delà, dans votre quartier,d ans votre commune, dans votre territoire. Travaillez à faire se développer des productions d’énergies renouvelables, avec un stockage adapté, et un effort sur les économies d’énergie, par exemple en réduisant les éclairages publics, en soutenant les transports publics et les voies cyclables, etc.

Et regardez d’où vient votre nourriture. Aidez les agriculteurs à se sortir de l’étau agro-alimentaire. Les éleveurs de vaches laitières, sont enchaînés comme l’étaient les canuts à leurs métiers, chez eux, à Lyon. L’éleveur investit massivement en s’endettant sur 40 ans pour des trayeuses électriques, des matériels de stockage stérile, etc. Puis il dépend de ceux qui lui vendent des tourteaux de soja importés d’Argentine et du Brésil, où la forêt a laissé la place à des déserts de terres stériles, où les céréales poussent à coup d’engrais azotés, de pesticides et de tracteurs géants. Ensuite il dépend de celui qui lui achète tout son lait au prix aléatoire imposé par la spéculation, les cours internationaux et la grande distribution. Il travaille sept jours sur sept, douze mois sur douze. Oui, l’enjeu écologique est aussi, d’abord un enjeu social. Alors regardez d’où vient ce que vous mangez : il y a des humains derrière. Cet été, dans mon Ardèche, j’ai croisé en chemin une éleveuse avec ses vaches : effondrée, car elle venait d’apprendre que la laiterie avait décidé de ne plus venir lui prendre son lait : trop coûteux en transport. Que pouvait-elle faire ? Le commerce équitable doit commencer chez nous.

Alors réveillez vous. Je sais, j’agace, je vous gène. Et c’est bien ça qui nous laisse continuer comme tous les jours, parce que c’est plus facile. Et certains en arrivent à nier toute cette menace, car c’est plus confortable de mettre la tête sous l’oreiller. Réveillez-vous, car vous pouvez agir. Comme ces mères qui ont refusé les biberons en plastique imbibé de bisphénol A, et ont acculé les fabricants à renoncer à ce produits. Mais réveillez vous avec raison : ne cédez pas non plus aux charlatans, qui vous demandent de revenir au temps des cavernes (il n’y en aurait de toute façon pas assez pour tous nous héberger sourit mon maître Hubert Reeves). Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain : la raison, la science sont à notre service. Aidez justement nos scientifiques à nous aider, en préservant la recherche publique. Tirons des leçons, débattons des situations, raisonnons collectivement, puis agissons, et partageons nos réussites, comme à Correns dans le Var, et ses paysans bio, ou Mouans-Sartoux dans les Alpes-Maritimes, et sa régie municipale agricole qui nourrit la cantine scolaire en bio, ou le Puy Saint André dans les Hautes-Alpes, qui a créé sa société d’économie mixte de production d’énergie, ou Lyon et ses 400 km de pistes cyclables, etc. Vous êtes sur des réseaux sociaux ? Alors mobiliser vos « amis », réfléchissez avec eux, agissez.

Et au travail, dans votre entreprise, agissez.

Je suis prêt à en parler, redonnez nous l’espoir par votre action, votre mobilisation.

Et rejoignez moi aux cotés d’Hubert Reeves, dans notre association Humanité et Biodiversité (http://www.humanite-biodiversite.fr/ ).

Gilles Pipien, administrateur de l’ association Humanité et Biodiversité

Note au sujet de l’hôpital de Montpellier:

Ma source est d’abord le professeur Charles Sultan, du CHU de Montpellier, qui
est intervenu plusieurs fois sur le sujet lors de réunions du GSE dont il est
membre. Le Groupe Santé Environnement, présidé par Gérard Bapt, médecin, ancien
député, est une instance de concertation auprès des ministères de la Santé et de
l’Environnement, pour suivre la mise en oeuvre du Plan National Santé
Environnement (PNSE). Je suis aussi membre de ce GSE.
voir: http://www.side.developpementdurable.
gouv.fr/EXPLOITATION/DEFAULT/doc/IFD/IFD_REFDOC_TEMIS_0070267/le-groupesante-
environnement-gse-est-charge-de-suivre-et-d-orienter-la-mise-en-oeuvredes-
actions-d
Par ailleurs, un ami médecin m’a indiqué avoir aussi remarqué, quand il était en
stage à l’hôpital de Villefranche-sur-Saône, que les cancers étaient bien plus
nombreux qu’ailleurs avec le Beaujolais!
Mais, plus récemment, l’ARS PACA m’a signalé (mai 2018) que, dans le cadre du
PRSE (pal régional santé environnement), en particulier l’appel à projet annuel
dédié de l’ARS, une proposition de l’hôpital d’Avignon sur le lien cancers du
sang/pesticides, suite alerte sur augmentation nombre de cancers, notamment du
sang (leucémies), et donc souhait de mieux connaître l’environnement des
patients.
Cette question est aussi suivie de près à la MSA.
Enfin, je pense que pour d’autres précisions, il pourrait être utile de saisir
l’ASEF (association santé environnement France, http://www.asef-asso.fr/ ), qui
regroupe plus de 3 000 professionnels de santé (et est aussi représentée au sein
du GSE par son président, Pierre Souvet).


Publicités

Une réflexion sur “Réveillez-vous, un ministre a démissionné !

  1. Bonjour Olivier,

    Très bon lancement d’alerte. Il faut toujours se rappeler que Cassandre et Jérémie avaient raison malgré l’image négative que l’on a gardée d’eux.

    Est-il exact que la pollution provoquée par un seul gros cargo type porte-conteneurs consommant du fuel lourd est aussi importante que celle de dizaines, voire de centaines de milliers d’automobiles ? Si c’était le cas on aurait la preuve que la priorité n’est pas à la voiture électrique mais au navire électrique.

    Bien amicalement,

    Jean-Louis

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s