Les pérégrinations des trois fils de Serendip

Il était une fois un roi de Serendip (mot de perse ancien pour Sri-Lanka). Après une solide éducation, ses trois fils refusèrent de succéder à leur père. Le roi alors les expulsa de son royaume.

Ils partirent à pied pour voir des pays différents et bien des choses merveilleuses dans le monde. Un jour, ils passèrent sur les traces d’un chameau. L’aîné observa que l’herbe à gauche de la trace était brouté mais que l’herbe de l’autre côté de n’était pas. Il en conclut que le chameau ne voyait pas de l’œil droit. Le cadet remarqua sur le bord gauche du chemin des morceaux d’herbe mâchée, de la taille d’une dent de chameau. Il réalisa alors que le chameau pouvait avoir perdu une dent. Le benjamin inféra, du fait que les traces d’un pied du chameau étaient moins marquées dans le sol, que le chameau boitait.

Tout en marchant, un des frères observa des colonnes de fourmis ramassant de la nourriture. De l’autre côté, un essaim d’abeilles, de mouches et de guêpes s’activait autour d’une substance transparente et collante. Il en déduisit que le chameau était chargé d’un côté de beurre et de l’autre de miel. Le deuxième frère découvrit les signes de quelqu’un qui s’était accroupi. Il trouva aussi l’empreinte d’un petit pied humain auprès d’une flaque humide. Il toucha cet endroit mouillé et fut aussitôt envahi d’un certain désir. Il en conclut qu’il y avait une femme sur le chameau, et bien sûr pas un homme. Le troisième frère remarqua les empreintes des mains, là où elle s’était accroupie. Il supposa que la femme était enceinte car elle avait utilisé ses mains pour se relever.

Les trois frères rencontrèrent ensuite un conducteur de chameaux qui avait perdu un animal. Comme ils avaient déjà relevé beaucoup d’indices, ils lancèrent comme boutade au chamelier qu’ils avaient vu son chameau et, pour crédibiliser leur blague, ils énumérèrent les sept signes qui caractérisaient le chameau. Les caractéristiques s’avérèrent toutes justes.

Accusés de vol, les trois frères furent jetés en prison. Ce ne fut qu’après que le chameau fut retrouvé sain et sauf par un villageois qu’ils furent libérés.

Après beaucoup d’autres voyages, ils rentrèrent dans leur pays pour succéder à leur père.

Amir Khusrau, poète en langue persane, deuxième récit du recueil Les huit Paradis, en l’an 1302

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