L’entreprise-comme-un-commun ?

La firme est une entité privée certes, mais elle a aussi les caractéristiques d’un bien commun. Les entreprises – personnes morales – concernent la majeure partie des personnes physiques. Elles sont au coeur de leurs conditions d’existence et de reconstitution physiologique, elles contribuent au premier chef au produit intérieur brut et elles influent massivement sur les empreintes écologiques des pays occidentaux ; en somme, l’entreprise est une part de vie – sans doute de plus en plus proéminente – de la plupart de nos concitoyens.

La question que l’on doit se poser est désormais la suivante : qui doit gouverner l’entreprise pour assurer et sa durabilité et celle d’une société prospère et cohésive ? Nous pouvons dès lors considérer que l’entreprise est une entité de nature politique dont la finalité est de créer la valeur collective, et ce à destination de la société. Mais comment réinterroger efficacement cet aspect de l’entreprise comme un « commun », c’est-à-dire comme une institution collective au service de l’intérêt général – au service de tous ? Gardons-nous de répondre tout de suite à cette question mais affirmons d’emblée que le bien commun ne s’impose pas. Il se construit à partir des hommes de la Cité. L’entreprise naît de ses constituants humains, de ses travailleurs tout particulièrement, qui sont autant de sujets éthiques guidés par les valeurs et les capacités de jugement qui sont les leurs.

Voilà le point de départ d’une réflexion longue et à l’issue incertaine qui doit rassembler, entre autres, politiques, décideurs économiques et universitaires afin de trouver les bases d’un nouveau compromis socialproductif, un compromis capable d’apaiser les maux de nos sociétés en crise, en crise de sens tout particulièrement. L’entreprise doit servir le développement d’un capitalisme durablement juste qui nous aide à penser différemment le processus de création de valeurs et la notion de richesse elle-même. L’entreprise comme bien commun se dévoile comme un principe fondateur de ce nouveau capitalisme ; elle est l’émergent des individus acteurs qui se sont appropriés son espace d’influence et de démocratisation. Le bien commun ne s’impose pas ; il est auto-créé par les collectivités humaines qui en font le fondement d’administration de la Cité.

Ainsi l’entreprise capitaliste deviendrait la figure oxymorique d’une nouvelle contingence de prospérité qui, par définition, s’imposera ou ne s’imposera pas. Car dans l’immédiat ce qui compte c’est, avant toute autre chose, d’ajouter un soupçon d’idéal démocratique dans cette quête de rassemblement de nos concitoyens, ne serait-ce que pour découvrir les facettes les plus positives mais guère exploitées d’un capitalisme raisonnable. Offrons-nous la chance d’espérer, enquerrons-nous du juste, rien n’est chimérique en la matière ; au contraire, tout repose sur des volontés de libération collective. Parions sur un compromis non pas à somme nulle, mais sur un compromis créateur de (nouvelles) richesses !

Virgile Chassagnon

Extrait de l’article  « La démocratisation de l’entreprise dans la société : pensons un capitalisme plus juste » publié en juillet 2016 aux archives ouvertes :

https://ideas.repec.org/p/hal/journl/halshs-01346445.html 

 

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