Quelle éthique pour l’entreprise en ce monde en métamorphose ?

L’éthique est indexée à l’ethos, mot grec signifiant les moeurs, les coutumes, les habitudes profondes d’un peuple ou ce qui caractérise l’essence d’une civilisation. L’éthique est une réflexion de type philosophique pour savoir comment agir et se comporter afin d’être en accord profond avec les valeurs vitales et dynamisantes d’une société, avec son ethos. L’éthique concerne à la fois les personnes individuelles et les collectifs, jusqu’à la société dans son ensemble. Elle les interroge sur leur comportement et leur action.

Pour développer une connaissance de l’éthique qui soit agissante, il convient donc d’appréhender les valeurs cardinales de la société dans laquelle on vit. Cela n’est pas aisé quand la société est chahutée par des transformations qui touchent à ses racines, quand elle entre en métamorphose. Il convient alors de saisir les valeurs déclinantes, c’est-à-dire de la société dont le dynamisme est épuisé, et de découvrir les valeurs naissantes de la société en émergence. Les actions choisies peuvent ainsi être orientées vers l’énergie de la civilisation nouvelle, une énergie qui nous vient de l’avenir.

Nous sommes probablement dans une telle situation de métamorphose. Nous quittons la civilisation de la Modernité occidentale technoscientifique qui prit son envol au XVIIème siècle, et nous entrons dans l’inconnu. Les références, les croyances, les méthodes, qui assurèrent le succès de la Modernité et qui développèrent une éthique fondée sur la raison scientifique, ne fonctionnent plus pleinement. Quelque chose s’enraye dans la profondeur de la société. Le Progrès de suscite plus une adhésion immédiate. La science et la technique ne sont plus vues comme les planches de salut pour résoudre les problèmes de la société. Au contraire, elles font désormais partie du problème. Mais si les valeurs changent, les visions du monde et leur mise en œuvre sont bouleversées. L’éthique ne peut alors que se transformer.

Les valeurs qui apparaissent, à bas bruit dans le tréfond de notre société, reposent sur les relations davantage que sur le savoir. L’incertitude y est vue positivement, et n’est plus sous contrôle. La sérendipité, et non la maîtrise, devient féconde. Le déploiement singulier de chacun, le respect des altérités, l’interculturel, sont vécus avec intensité dans de nouveaux collectifs créatifs. La fragilité, la vulnérabilité sont préférées à la force et à la domination. Le sens de l’entrepreneuriat, au sens d’entreprendre sa vie en agissant avec d’autres humains différents, en faisant et non seulement en vivant côte à côte, se développe. L’attention au corporel, à la matière, le souci des autres vivants au-delà des humains, et des éléments de la planète suscitent un enthousiasme grandissant. L’écologie, en tant que philosophie des liens de vie de tous entre tous, devient le soubassement d’adhésion et d’engagement puissants. L’art, la poésie, le conte, l’imaginaire, la spiritualité retrouvent autant d’importance que la raison rationnelle.

Cette inversion des valeurs signale la métamorphose civilisationnelle. L’éthique, en tant que réflexion de fond, se doit donc de se réorienter. Elle cherche à investir de nouveaux chemins pour contribuer à la civilisation émergente. L’entreprise entre aussi en révolution. Pour susciter l’engagement, ses  productions doivent avoir un sens sociétal, son management devenir plus horizontal, sa gouvernance plus partagée, ses alliances avec ses partie prenantes plus effectives. Une telle entreprise fonctionne comme un commun. Si cela devrait être naturellement le cas dans l’Economie Sociale et Solidaire, cette évolution touche tous les collectifs entreprenants, quel que soit leur statut, c’est-à-dire toutes les entreprises. Les frontières de telles entités sont poreuses, car elles contiennent leurs parties prenantes, qui s’élargissent. Les leaders sont appelés à prendre soin des relations entre les personnes, et à encourager les réseaux et les solidarités multiples. Ainsi, ils soutiennent une éthique du lien sans volonté de domination.

Olivier Frérot

https://solidaritesemergentes.wordpress.com/

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