Présence et Représentation

Présence au monde. Représentation du monde. Deux pôles, deux dimensions d’être qui s’opposent.

La présence d’abord. D’abord parce qu’elle est l’expérience première, celle d’un au-devant de soi : prae-sens, rencontre d’une altérité qui ouvre quelque chose, un sens, un chemin, un avec, une communion qui est en même temps un vis-à-vis, car « je » suis en présence d’un « autre » dans lequel je m’abîme en même temps que je m’en extrais. C’est l’ex-périence-source de l’ex-istence. Se tenir hors de soi dans l’ouvert de la rencontre, en sortant de soi, en se traversant soi-même pour rejoindre cet autre. Il n’est pas aisé de dire la fulgurance de cette expérience existentielle, à la fois extase, jaillissement et communion, où temps et espace sont abolis.

La re-présentation est une deuxième présence. Une reprise, mais qui ne peut plus être la même expérience que le saisissement premier. Car l’esprit a pris ses distances, il s’est  désolidarisé, disjoint. Mais il a retrouvé en lui-même, en sa mémoire un lieu où cette présence trouve quelque chose comme un déjà ressenti, déjà éprouvé, déjà vécu. L’esprit fait ce lien avec du déjà là, il met avec, c’est son travail symbolique. Il lie ensemble, il relie à autre chose et un nouveau sens apparaît, radicalement autre que celui de la première pré-sence. Radicalement, car le temps et l’espace marquent cette re-présentation. La parole en est le support. Parole poétique et logique. Parole d’extase et de connaissance. Parole sensible et intellectuelle. Afin de relier l’expérience de la présence à un nouvel horizon. C’est la fonction de l’intelligence, inter-ligere, relier entre. La parole en est son expression.

La présence donc, d’abord, expérience océanique, source vitale et vivifiante, puis l’intelligence qui va ouvrir vers un autre grand large, qui conduit à l’objectivité, grâce à la dimension rationnelle de l’esprit.

Nous touchons là les quatre dimensions vitales de l’humain : sensible, rationnelle, imaginaire, spirituelle. C’est par la sensibilité, notre corps sensible de chair, de sang et de neurones, que toute impression du monde entre en nous, et imprime notre passivité. Par notre raison, nous élargissons cette sensation et y appliquons notre pensée pour la relier à du connu, et ainsi nous repérer dans le chaos apparent du monde, qui ainsi va s’ordonner en un cosmos.  Par notre imaginaire, nous inventons, nous visualisons des liens au-delà du simple concret de la matière et de nos corps. Cette puissance de voyage nous fait voir d’autres mondes, illimités, d’autres liens, infinis, qui peuvent se montrer d’une grande fécondité pour élargir la notion de réalité. Qu’est-ce donc en effet que le réel ? Il ne se tient pas seulement dans nos sensations et nos raisonnements. Il s’en échappe car il se trouve là où nous ne l’attendons pas, là où nous ne pouvons le penser… Alors vient la dimension spirituelle, cette qui fait lien entre la sensibilité, la raison et l’imaginaire, et nous emmène encore ailleurs, dans l’invisible de la présence et de la représentation, dans le souffle qui les anime souterrainement, et qui jaillit d’un fond sans fond.

Olivier Frérot

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