Vers des institutions de la non-puissance

Comment de nouvelles institutions peuvent naître dans un monde où l’incertitude en est constitutive et de plus en plus prégnante, et ne durer qu’un certain temps ? Est-il possible par ailleurs que des institutions existantes puissent se rendre suffisamment plastiques pour épouser cette réalité déstabilisante et contradictoire ? Comment un collectif se met-il en situation de pouvoir en permanence créer du tout neuf, incorporant l’ouverture à l’inédit?

Ces nouvelles institutions ne pourront pas être parentes d’un État centralisateur habité par la volonté de puissance, mais le seront du concept de fédération, comme union volontaire et responsable par l’association de collectifs autonomes et libres.

Une unité mais non une uniformité. Le gouvernement y sera un lieu de la gestion nécessaire de collectifs et de phénomènes complexes et contradictoires, mais ne sera pas le lieu du pouvoir. Le concept du pouvoir se sera lui-même dilué. Le gouvernement démocratique sera le lieu de l’action et du service pour tous, quels qu’ils soient, un noeud particulier parmi d’autres dans l’immanence de la société où demeurent les antinomies, signes de vie et sources du mouvement dans un équilibre instable. L’unité démocratique de la société sera produite par l’expérimentation permanente, dans un monde qui n’est pas donné mais se trouve in the making, « en train de se faire ». Si nous ignorons les formes que prendra cette nouvelle démocratie, nous savons, affirme le sociologue Alain de Vulpian, qu’elles ne seront pas pyramidales, que le pouvoir ne sera pas concentré de façon permanente dans un organe défini mais qu’il sera diffus, émanant du jeu des interactions.

Les institutions démocratiques seront donc les lieux de la construction des désaccords, que leur provenance soit idéologique, philosophique, religieuse, culturelle, ou autre. Le droit doit alors être pensé pour donner le cadre au sein duquel les désaccords s’expriment et travaillent en liberté, afin de trouver les compromis acceptables et d’institutionnaliser l’incertitude. Pour que ce paradoxe fonctionne, tout cela doit reposer sur une vie féconde se nourrissant d’espérance. D’une espérance qui apparaît convergence et partage de toutes les espérances. Une espérance, comme une promesse, en alliance avec tout ce qu’il y a d’auroral dans le monde (Ernst Bloch), une fonction utopique qui devient la raison d’être des institutions nouvelles qui nous font devenir et tenir ensemble. Car la promesse prononcée est reconnaissance de la dignité de chacun et de la sienne propre. Cette promesse est que cette pensée de la fraternité va devenir réalité.

Un principe espérance a alors pris la place de la raison moderne au coeur des nouvelles institutions. Ou plutôt une dynamique de l’espérance, car elle ne dure qu’autant qu’elle ne donne jamais de possession, qu’elle nourrit toujours un désir vivant.

Ce texte est issu de l’ouvrage « Contribuer à l’émergence d’une société neuve et vive« , écrit par Olivier Frérot et publié par Chronique sociale

https://solidaritesemergentes.wordpress.com/contribuer-a-lemergence-dune-societe-neuve-et-vive-des-chemins-a-investir/

 

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