Des institutions nouvelles, souples, limitées, modestes

Sans aucun doute, des permanences dans les valeurs émergentes sont à l’œuvre et traversent les décennies et les siècles. Toutefois, pour être fidèles à l’esprit de ces temps nouveaux, les fondements ce ces institutions devront contenir les valeurs de solidarité entre des individualités, et s’inscrire dans un monde fondamentalement incertain, c’est-à-dire dont beaucoup des événements qui surgissent sont imprévisibles. Les physiciens contemporains, héritiers des découvreurs de la physique quantique, connaissent le principe d’incertitude, énoncé par Werner Heisenberg en 1927. Pour elle, le monde n’est composé que d’évènements, et non plus de substances ; et seulement de réponses aux questions que l’homme lui pose. Il y a sans doute un fond des choses, où puisent les constantes fondamentales de la physique, mais il nous résiste, car c’est un fond sans fond, un fond indécidable et illimité. Mais nos institutions actuelles, dont les fondements plus anciens sont enracinés dans la philosophie de la physique classique déterministe, ont des difficultés à se convertir à cette pensée de la relation et de l’indétermination.

L’accueil de l’incertitude comme fondement de la vie collective, sans maîtrise, ni par la science, ni par la religion qui veulent la domestiquer en la référant à un principe de sens, est une épreuve radicalement nouvelle pour l’humanité. Ce sont les sujets, apprenant continuellement à partir des évènements inattendus de la vie, des sujets cognitifs, qu’ils soient individuels ou collectifs, qui interprètent ces évènements, qui sont capables d’ouvrir des nouveaux espaces de compréhension et de création. Il y faut l’espérance alliée à la connaissance. Une connaissance qui se remet perpétuellement en question pour déceler l’apparition de nouveaux sens dans le réel. Nous sommes en route sur un chemin  étroit, hors de tout système socio-religieux unique, où l’incertitude qui nous saisit nous redonne la toujours nouveauté du monde et de nous-mêmes.

En effet, du fait de son incomplétude intrinsèque, aucune science, y compris les mathématiques,  ne peut comprendre la totalité du monde. Toujours quelque chose lui échappe. Et donc ce qui échappe à la pensée rationnelle est infini.  Une chose est sûre : l’incertitude structure le réel ! Le réel, c’est ce que l’on n’attend pas, martèle le philosophe Henri Maldiney. Les institutions nouvelles devront donc imprimer dans leurs gènes le fait d’être souples, modulables, limitées, modestes, en acceptant et même accueillant les différences nettes, donc admettant une dose d’ambiguïté signe de souplesse, et se voyant utiles pour un temps seulement. Elles devront composer avec l’instabilité et s’y transformer.

C’est assurément un paradoxe pour des institutions, telles que nous les pensions jusqu’à présent, fondées sur la stabilité, comme l’indique l’étymologie du mot. Pourtant, il faudra que l’État libéral, débarrassé lui aussi des signes et des outils de la toute-puissance, garantisse l’existence et la coexistence de nouvelles organisations, lui dont la fonction cruciale est l’articulation entre la puissance collective générale, l’assurance de l’exercice de ces multiples solidarités et la liberté individuelle. Nous voyons que le défi est grand et qu’il touche aussi une transformation de la pensée de l’État. En fait cette réflexion portant sur un fondement des institutions sur la non toute-puissance et la non maîtrise englobe celle sur l’État, la technique et la science, solidement liés ensemble depuis un demi millénaire.

Comme nous l’avons évoqué avec le développement d’entreprises sociales, l’entreprise, prise dans son sens le plus large au-delà de tout statut juridique, c’est-à-dire un collectif s’assemblant pour entreprendre ensemble, peut préfigurer le lieu de solidarités fortes où chacun peut s’y (re)trouver. Dans notre société où le Bien Commun n’est plus assuré par un État qui aujourd’hui ne le peut plus, certaines entreprises deviennent autant un lieu économique que social, en ce sens qu’elles constituent des cellules vivantes inventant des façons heureuses de produire collectivement.

Extrait de l’ouvrage « Contribuer à l’émergence d’une société neuve et vive », écrit par Olivier Frérot et publié en janvier 2017 par Chronique sociale https://solidaritesemergentes.wordpress.com/contribuer-a-lemergence-dune-societe-neuve-et-vive-des-chemins-a-investir/

 

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