Des nouvelles générations réceptives à l’altérité

Une part significative des jeunes générations est traversée par ces nouvelles valeurs de solidarités non dominatrices. La capacité des jeunes à travailler ensemble en petits groupes surprend les générations plus âgées qui ont été biberonnées au travail solitaire et à la compétition. Dans les universités et les écoles, les pédagogies qui mettent ensemble des étudiants de formations différentes pour mener un projet concret ou résoudre un problème se révèlent fécondes.

Un des principaux reproches fait à notre temps concerne l’individualisme. L’individualisme est effectivement un produit direct de la Modernité. Et il en est une perversion, car l’individu moderne n’a plus besoin de personne. Au fond, cet individu n’est plus lié à personne. Dans l’excès d’individualisme, l’individuation ne peut se déployer. L’individualisme est l’ennemi de l’individuation. M’individuer, c’est devenir une personne singulière, différente des autres, mais avec les autres. Contrairement à l’individualisme, l’individuation a besoin des autres. L’individualisme est du coté du marché ; l’individuation du côté des communs.

L’humain est un animal social, qui s’invente en inventant le social. Pour devenir qui je serai, je ne peux le faire qu’avec toi ; toi qui, de même, devient qui tu seras ; et je ne le peux qu’avec nous ; nous qui allons inventer mille façons toutes nouvelles d’être nous, afin que chaque « je » devienne lui, unique. Si l’individualisme est du côté d’un monde mortifère qui meurt, l’individuation est du côté de la vie, qui irradie. C’est l’individuation qui est le trait positif marquant de la métamorphose sociétale. Ainsi, si la Modernité nous laisse une technoscience qui vire vers l’autoritaire, elle lègue à la nouvelle période une belle évolution avec l’individuation, ce désir désormais établi en chacun de « réussir ma vie ». Cette conquête de la Modernité vient en ligne directe de la valorisation de la dignité de chaque être humain.

Les jeunes occidentaux ont cette aspiration particulièrement chevillée au corps, mais elle se répand partout dans le monde et vient percuter toutes les cultures. Un des caractères majeurs, bien qu’apparemment paradoxal, de cette volonté de trouver sa propre singularité, consiste en son souci du collectif. Ce n’est nullement contradictoire. L’homme étant un animal social, il ne peut vivre et se développer qu’en communautés. Il s’agit aujourd’hui pour chaque humain de découvrir son unicité en l’éprouvant à l’intérieur de groupes. C’est bien l’expérience vitale que les jeunes font et refont en permanence. Il n’est donc pas étonnant que celles et ceux d’entre eux qui ont plus d’empathie, de générosité et d’esprit d’entreprise, deviennent des entrepreneurs de communs, accueillant à la diversité de chacun, son autonomie et à la réalisation de sa propre personnalité.

La solidarité, tout en gardant son fond éternel de soutien et d’aide à autrui, prend donc aussi des formes nouvelles, à travers des collectifs bigarrés. La fraternité s’y exprime avec une capacité étonnante de l’accueil de l’autre très différent. L’altérité peut alors devenir le nouveau nom de la fraternité, ressource considérable dans un monde qui mêle désormais des humains de cultures multiples.

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s