Du Bien Commun aux communs

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Les institutions publiques, qui peuplent aujourd’hui encore tous nos espaces publics : politiques, économiques, financiers, médiatiques, technoscientifiques, juridiques, militaires, policiers …, demeurent enracinées dans la pensée de la toute-maîtrise. Il est logique que les structures qui faisaient fonctionner la Modernité récemment soient encore là. Elles supportent des forces qui, bien apparentes, sont pourtant superficielles et sans plus de ressources idéologiques neuves. La volonté de puissance continue sur sa lancée en nourrissant l’autonomisation complète du système technoscientifique par rapport à la société des hommes. Le système, totalisant par essence devenant maintenant totalitaire, s’ordonne à sa propre fin, à tel point que cette fin justifie tous les moyens. Il rejette en effet tout contrôle démocratique. Son idéologie est l’objectivation forcenée du monde, c’est-à-dire de toute chose, mais aussi de tout vivant y compris l’humain. Rien ne doit échapper à sa raison rationalisante qui s’appuie sur la mise en chiffres, les data. La version idéologique du transhumanisme en est l’expression contemporaine. Mais, paradoxalement, c’est là aussi que se trouve son point de faiblesse qui le fera déraper. Car nous humains, même si nous sommes, pour la plus grande part de nous-mêmes, très influençables et manipulables, nous ne le sommes pas complètement. Sur ce petit espace de liberté, échappant au contrôle de Big Brother, se situe le levier qui fera chambouler tout ce système soit disant surpuissant.
D’ailleurs, les dysfonctionnements des institutions apparaissent de plus en plus, et ce n’est pas un hasard. Le problème est que leurs racines étant dévitalisées, comme une plante ou une dent, il leur est désormais impossible de reprendre de la vitalité, de se renouveler. Et elles font illusion. Elles risquent de mourir pour beaucoup d’entre elles, à moins de trouver un passage étroit et délicat à emprunter qui leur permettrait de muter. En attendant, elles se crispent, et des cyniques en ont pris la tête. Ce sont des gens qui ne croient plus eux-mêmes aux lendemains qui chantent, qui se servent sur la bête, et qui manipulent très bien, au profit de leur clan, la langue médiatique, pour nous empêcher de penser librement. Nous devons dénoncer leurs prétentions et leurs accaparements.
Le Bien Commun, que délivrent les experts et qu’assument les autorités des institutions qui prétendent diriger la société, ne peut donc plus être accepté tel quel. Nous n’acceptons plus leur légitimité. Car aujourd’hui, construire une autoroute, une nouvelle voie ferrée ou un grand équipement comme un aéroport, une centrale nucléaire, ou un barrage n’est pas qu’une question technique, juridique, managériale et financière réservée aux experts et aux responsables politiques. C’est aussi, c’est d’abord, une question de débat public éclairé par les données multiples et contradictoires du savoir, y compris celui des usagers, des riverains et tout simplement des citoyens. Le Bien Commun n’est plus l’apanage réservé aux sachants et aux puissants. Son souci est désormais largement distribué. Nous dénions à la puissance publique non seulement l’exclusivité de pouvoir le produire, mais même, à l’extrême, d’en dire quelque chose, si nous percevons son insincérité. L’expression « Bien Commun » devient d’ailleurs inopérante et datée. Apparaît la notion de « communs », commons en anglais, qui ne prétend pas englober a priori un universel, mais qui est l’expression d’une communauté prenant en charge collectivement la gestion globale d’une ressource commune. C’est plus modeste, plus incertain, mais ce commun est vivant de la vie des humains en communauté et en relation avec leur écosystème. L’exploration de ces communs va nous donner des indications précieuses sur les nouvelles solidarités en émergence. Et, nous allons regarder cette réalité avec une autre philosophie que celle qui inspira la Modernité technoscientifique.

Olivier Frérot, Extrait de « Contribuer à l’émergence d’une société neuve et vive »

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