Pourquoi le Bien Commun se métamorphose-t-il ?

Pour appréhender les transformations radicales de notre société, il faut aller regarder à ses racines. Or, ce qui a fondé la Modernité, c’est la foi en la toute-puissance de la technoscience. Et cette foi se débobine. De façon diffuse et inconsciente, la plupart d’entre nous, nous ne croyons plus que la technoscience nous soit globalement favorable, pour chacun, nos proches et notre communauté humaine. Au contraire, elle devient globalement négative, au moins dans certains de ces aspects. Quelque chose s’est cassé et la méfiance s’est insinuée en nous. Il est intéressant de repérer comment la croyance en le bienfait de la Modernité s’est fissurée. Si la plupart des penseurs ont accompagné ou devancé la puissance de la Modernité pour la conforter, d’autres, parfois les mêmes, ont pressenti ses manques et ses usurpations. Leurs réflexions sont précieuses pour comprendre les impasses dans lesquelles nous nous sommes enfilés puis coincés.
Par ailleurs les évènements, qui nous sont arrivés et qui nous ont été néfastes, ont affecté notre croyance. La première guerre mondiale constitue sans doute à cet égard un point de bascule, avec la mise de la technoscience industriellement au service de la destruction et de la mort. La suite du XXème siècle n’a pas démenti cette mauvaise inflexion. Les violences qui se déroulent sous nos yeux en début de XXIème siècle achèvent sans doute de nous déniaiser sur un penchant oppressif des technosciences qui semblent prendre le dessus par une militarisation et une surveillance croissantes, même si, par ailleurs, nous nous réjouissons de fructueuses inventions dans les champs de la communication, la médecine, et dans bien d’autres domaines. Avec des évènements lourds de menaces pour notre avenir commun, imprévus car imprévisibles, nous assistons à l’impuissance de la puissance, c’est-à-dire à la non-maîtrise et la non-puissance vis-à-vis de ce qui nous arrive, des institutions fondées sur la volonté de toute-puissance et la toute-maîtrise !
Or, une foi collective qui s’étiole ne peut pas se rattraper, ne peut pas se régénérer. Elle mute vers une autre, encore inconnue. Et, si nous ne croyons plus massivement en le mythe du Progrès, les institutions qui y sont enracinées ne peuvent plus donner le bien qu’elles donnaient. C’est effectivement ce que nous observons. Nous sommes passés d’un cercle vertueux à un cercle vicieux, caractéristique de l’épuisement d’une civilisation.
Aucune société humaine ne peut tenir et se développer sans un mythe fondateur, sans un Grand Récit auxquels la plupart adhèrent, sinon tous. Nous avons décrit ci-dessus le mythe et le Grand Récit qui furent les points d’appui de la Modernité technoscientifique occidentale. Cette belle histoire est maintenant derrière nous, et nous sommes emportés dans une toute nouvelle aventure, pour l’heure encore bien incertaine, tant que nous n’aurons pas trouvé de nouvelles valeurs pour nous rassembler tous.

Olivier Frérot

Extrait de l’ouvrage « Contribuer à l’émergence d’une société neuve et vive »

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