Comprendre la montée de la violence de nos institutions publiques

La Modernité occidentale prend son essor au XVIIème siècle, préparée par les transformations profondes à l’oeuvre dès le Moyen-Âge en Europe occidentale. S’il y a continuité, il y a aussi bifurcation avec l’apparition d’un nouvel horizon anthropologique. Parmi les génies de ces temps, Galilée et Descartes vont créer les fondements d’une toute nouvelle épistémologie, respectivement par l’axiome de la mathématisation du monde et par la séparation ontologique entre le sujet et l’objet. La science va alors se mailler avec la technique, inaugurant la technoscience, qu’aucune civilisation n’avait encore connue. La puissance de l’Occident s’y enracine. Elle va permettre sa prodigieuse expansion pendant quatre siècles.

Mais l’autonomisation totale qu’a progressivement conquise la technoscience sur la société des hommes va, paradoxalement, creuser les conditions de son impuissance et de sa violence. De globalement bonne pendant longtemps, la technoscience apparaît depuis peu comme potentiellement asservissante.

Les institutions qui peuplent notre espace public sont nées pendant cette période de la Modernité. Elles sont donc enracinées dans ses valeurs, essentiellement la volonté de maîtrise et de puissance appuyée sur les sciences et les techniques, et opérante sur le réel.
Cependant, du fait des catastrophes du XXème siècle (guerres industrielles, idéologies totalitaires, crise écologique, …), notre croyance en le bienfait de ces valeurs faiblit au début du XXIème siècle. Nos institutions perdent alors leur vitalité, n’arrivant plus à donner des réponses ajustées et efficientes aux problèmes nouveaux qui assaillent notre société.

Elles éprouvent par ailleurs des difficultés insurmontables pour accepter leurs limites pourtant inscrites dans l’incomplétude de toute science. Plutôt que s’assouplir et de laisser la vie se déployer et créer, elles durcissent leur fonctionnement et leurs procédures, à cause de leur destination d’origine de vouloir tout maîtriser, accroissant en cela leur disjonction. Elles deviennent autoritaires et de moins en moins efficaces.

Des cyniques ont pris leur contrôle et font profiter leur clan de leurs derniers feux. Les puissances de la finance sont aux avant-postes de cette prédation. Les divers organes de l’État et ses organismes affiliés se voient de fait privatisés et sont empêchés d’inventer. Les cadres des institutions sont devenus pour la plupart comme des officiers disciplinés qui rejettent l’esprit critique. La violence des institutions publiques s’installe ainsi contre les citoyens qu’elles devraient protéger, et contraint ses fonctionnaires à obéir sans penser. Nos traditions de vivre et de construire ensemble sont malmenées et même niées.

Devant cette évolution en cours de nos institutions publiques, il faut, aux individus que nous sommes et aux collectifs variés que nous formons, trouver des chemins de création et de vitalité dans les marges et les interstices encore vivants de nos institutions.
Le risque d’un retour à la barbarie augmentera si la lucidité sur la métamorphose de notre société n’est pas davantage partagée, et si l’on ne voit pas que des petits collectifs inventent, à bas bruit, des multiples façons d’entreprendre, en se mettant en réseau et en faisant émerger de nouvelles solidarités.

Olivier Frérot

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