L’écologie, une philosophie de l’espérance

Nous avons cru que, progressant dans la connaissance de lois que nous avons qualifiées de scientifiques, nous allions, comme Descartes le promettait, nous rendre maître de la Nature. Nous découvrons depuis peu, et c’est une surprise désagréable pour ce mythe fondateur de la Modernité, que la Nature revient avec force en nous imposant son fonctionnement propre, non seulement par le climat et toutes ses conséquences petites et grandes, mais aussi par le fait que ce que nous appelons égocentriquement des ressources naturelles ne sont pas illimitées. Nous ne pouvons plus ignorer que l’économie-monde va en être très fortement affectée.

Notre trajectoire est celle d’une collision directe avec la nature, a déclaré le 4 décembre 2012 le secrétaire général de l’OCDE Angel Gurria, lors de la présentation du rapport annuel de l’organisation. Appuyé sur la puissante pensée de l’Inde, Rabindranath Tagore, dans Sadhana, l’exprime durement : chaque fois que la partie, méprisant le Tout, cherche à suivre un cours qui lui soit personnel, la grande force motrice du Tout lui imprime une violente secousse, l’arrête brutalement, et la jette dans la poussière.

Postuler l’existence de l’anthropocène invite alors à repenser les interactions entre la planète et les êtres humains, à discuter du caractère humain des milieux, et à proposer un recadrage des traits constitutifs de la civilisation moderne (Augustin Berque). Ainsi, nous ne savons plus de quoi demain sera fait. Mais ce qui est certain, c’est que demain ne sera tissé ni de l’étoffe de la civilisation que l’on quitte, c’est-à-dire de la croyance en la maîtrise possible du futur, ni du même environnement climatique et géologique, ni de la même sociologie, ni des mêmes types psychologiques, ni sans doute aussi des mêmes formes de démocratie. Et nous le savons maintenant, l’histoire humaine et l’histoire naturelle sont indissolublement liées, faits politico-sociaux et faits écologiques ne peuvent être dissociés. Le social, le sociologique ne peuvent rester cantonnés à eux-mêmes ignorant le milieu naturel. Pour le sociologue André Micoud, nous sommes désormais entrés de plain pied dans le moment écologique, celui-ci étant un moment critique en passe de nous ouvrir à un nouveau régime de temporalité, fondamentalement indexé sur le vivant.

L’écologie n’est pas d’abord une science, mais une manière d’être au monde, une philosophie. Elle affirme la concrétude du cosmos. Elle veut connaître, irréductible, immédiat et tangible, le sentiment de la concrétude du monde (Georges Perec). Elle est un antidote à l’abstraction du monde enclenchée par la modernité. Elle nous ré-enracine dans un milieu de vie où les choses ne sont plus des objets et nous pas seulement des sujets,  car nous existons comme corps mouvants en interactions fondamentales et vitales avec les autres vivants et non-vivants, de même que tous les êtres, toutes les choses. Elle nous fait tous tenir ensemble sans exclure, sans nier, sans dominer. Visionnaire, penseur-écrivain fondateur de l’écologie, l’américain Aldo Leopold, dès 1949 affirme : pour nous, minorité, la possibilité de voir des oies sauvages est plus importante que la télévision. L’écologie, établie au cœur d’une telle philosophie, n’est nullement une contrainte, mais d’abord amour, joie et espérance. Elle devient alors source d’une profonde créativité et d’une responsabilité heureuse parce qu’unique et irremplaçable. Elle est une philosophie de l’espérance.

Extrait de « Solidarités émergentes – Institutions en germe »

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