Entre Tao et Logos, forme et sans-forme

Quelques choix de textes de Simone Weil

« Chaque formule taoïste éveille en nous une résonance et ces textes évoquent tour à tour Héraclite, Protagoras, Platon, les cyniques, les stoïciens, le christianisme, Jean-Jacques Rousseau. Non que la pensée taoïste ne soit originale, profonde, neuve pour un européen ; mais, comme tout ce qui est vraiment grand, elle est à la fois neuve et familière ; nous nous souvenons, comme disait Platon, de l’avoir connue de l’autre côté du ciel. Ce pays situé de l’autre côté du ciel (…) n’est-ce pas le même que celui où ‘s’ébat le sage, par-delà les Quatre Mers, par-delà l’espace’ ? »

« Le triomphe de l’art est de conduire à autre chose que soi ; à la vie en fonction de la pleine conscience du pacte qui lie l’esprit au monde (…) par l’art, l’homme recrée l’alliance entre son corps et son âme »

« Objet de l’art : nous rendre l’espace et le temps sensibles. Nous fabriquer un espace, un temps humains, faits par l’homme, qui pourtant soient le temps, l’espace. »

« Que je parte, et la création et le Créateur échangeront leurs secrets. Giotto et Cézanne ont un peu peint ainsi. La peinture de Giotto est sainteté. La beauté d’un paysage au moment où personne ne le voit, absolument personne…Voir un paysage tel qu’il est quand je n’y suis pas. Quand je suis quelque part, je souille le silence du ciel et de la terre par ma respiration et le battement de mon cœur. »

« Fresques francis­caines de Giotto. Saint François, le père, l’évêque, le jardinier existent au même titre dans l’espace (…) L’espace vide (que Giotto met le plus souvent au centre, procédé d’une puissance extraordinaire) a lui-même tout autant d’existence. Mais d’un autre point de vue […] et à un troisième point de vue encore, plus d’existence. D’où la nécessité de la composition sur plusieurs plans (laquelle est peut-être la clef de tous les arts). Musique, Poésie (mesure) »

« Les Chinois repoussent la symétrie au lieu que nous la goûtons parce qu’ils ont choisi l’arbre comme modèle de l’équilibre, et nous, à la suite des Grecs, l’homme ; mais la recherche de l’équilibre commune aux deux arts les rend plus parents qu’ils ne sont dissemblables. »

«  Les peintres chinois ont un tel besoin d’infini qu’il les pousse à manier singulièrement la perspective et presque à dissoudre les formes ; les Grecs eux, cherchaient partout le défini, le limité ; pourtant il s’agit du même besoin humain. L’homme ne peut se consoler que l’infini ne lui soit pas donné, et il a plus d’une manière de se fabriquer, avec du fini, un équivalent de l’infini ; fabrication qui est peut-être la définition de l’art. »

« l’attention de l’artiste est orientée vers le silence et le vide; de ce silence et de ce vide descend une inspira­tion qui se développe en paroles et en formes. »

«Dans l’art, tout ce qui évoque la misère humaine dans sa vérité est infiniment touchant et beau (…) Un petit bistro, où sont dévorés pour quelques sous des repas sommaires, est plein de poésie à en déborder. Car il est vraiment un refuge contre la faim, le froid, l’épuisement ; il est placé sur la limite, comme un poste frontière. Cette poésie est déjà tout à fait absente d’un restaurant moyen, où rien ne rappelle la possibilité que des hommes aient faim. »

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