L’irrépressible don de la réalité

Il n’y de réel que l’inimaginable. Le réel est toujours ce qu’on n’attendait pas. Il actualise ce paradoxe : combler l’inattendu. L’antilogique de la vie est aussi celle de l’art.

Qu’est-ce qu’un vivant ? Celui au jour duquel quelque chose vient au jour, cependant que lui-même n’est jamais à jour. Ainsi d’une œuvre d’art. Qui n’est pas. Qui ex-iste. Elle est sortie à soi auprès de l’altérité des choses et des êtres. Le moment dimensionnel de l’expérience esthétique est celui d’une rencontre dans l’étonnement où, comme sous le surplomb incontournable du visage de l’Autre, le regard de chacun est désétabli de soi, impuissant de son propre pouvoir. Et c’est là pourtant sa seule chance d’être. Prendre n’est pas voir. Parce que c’est ramener à soi. Alors que l’art nous expose à ce qui est de tout le moins probable, à ce qui tout à coup, apportant avec soi  l’instant de sa surprise, se montre en cet instant depuis toujours déjà là. La prise est en défaut de cet excès d’elle-même, de cette transgression de soi, de cette chute d’où s’élève l’élan qui la surpasse, de cette déchirure originaire : l’irrépressible don de la réalité.

Henri Maldiney  – Extrait de « Présence et absence dans l’art de Tal-Coat »

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