Notre corps est le seul média de notre existence

 Extrait du chapitre sur le corps de « Penser une société ouverte et vive »

Que savons-nous de notre corps ? Et des nerfs ? Et de la pensée ? L’inconnu est, en nous, lié au plus vif : il est la vie même (Bernard Noël).

Cette part irréductible, c’est la réalité, celle qui résiste, celle que l’on n’attendait pas (Henry  Maldiney), toujours radicalement neuve, et dont notre corps est l’ouvreur, le pivot et l’événement, ce corps que j’appelle mien, la sentinelle qui se tient silencieusement sous mes paroles et sous mes actes (Maurice Merleau-Ponty), portant notre langage vivant, nos sens, capteurs et interrogateurs de l’au-dehors, du monde extérieur, cosmique auquel il est donné et dont il se reçoit. Notre corps est le lieu originaire du sentir et du se mouvoir et de leur déploiement, condition primaire et primordiale du vivre et de l’exister. Il se situe à la racine de la transpassibilité (Frédéric Jacquet).

C’est son corps qui, pour Descartes, en premier, résiste à l’illusion des sens et au doute ontologique. Le corps est un dehors (Jean-Luc Nancy), il nous tient dans l’extériorité du monde, pour leur rencontre. L’homme par le corps et au moyen du corps devient avec le monde (Frederik Buytendijk). Notre corps est le seul média de notre existence. Donnez-moi donc un corps ! s’écrie Soren Kierkegaard, lui qui est venu à l’existence avec une écharde dans la chair, son secret inavouable. Il est inexact de dire « j’ai un corps », car « je suis un corps ». Le dualisme corps-esprit ne rend pas compte de mon expérience de vivant incorporé. Dans beaucoup de langues, dites primitives, il n’y a pas d’expression abstraite et générale pour dire une partie du corps ; la main ou le bras ne s’exprime que dans leur appartenance à un individu. Mon existence comme subjectivité ne fait qu’un avec mon existence comme corps (Maurice Merleau-Ponty). Dans ce qu’il montre de visible, d’objectivable, notre corps nous accorde ou nous désaccorde au monde ; dans ce qu’il porte d’invisible, de caché, il nous accorde ou nous désaccorde à la vie. Ce qui correspond à deux modes originels et fondamentaux de manifestation différents : notre corps nous propose l’expérience cruciale en laquelle est attestée de façon décisive la dualité de l’apparaître, dit Michel Henry, pour qui corporéité vivante, corps objectif mondain sont des a priori. Notre corps, un, n’a jamais fini de nous rendre visible.

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