« Suis-je un Congaulois ? »

« Qui suis-je au fond ?  » s’est interrogé Alain Mabanckou. Est-il un « Congaulois » comme dirait le grand poète congolais Tchicaya U Tam’si ou un « binational », pour coller à l’air du temps ? En fait, il a expliqué que « en 1530, au moment de la fondation du Collège, les Africains « n’existaient pas en tant qu’êtres humains : j’étais encore un captif et en Sénégambie par exemple, un cheval valait de six à huit esclaves noirs ! Et d’ajouter que « c’est ce qui explique mon appréhension de pratiquer l’équitation et surtout d’approcher un équidé, persuadé que la bête qui me porterait sur son dos me rappellerait cette condition de sous-homme frappé d’incapacité depuis « la malédiction de Cham », raccourci que j’ai toujours combattu ».

Après cette thèse de la part du romancier, « tout cela est, certes, de l’histoire, tout cela est certes du passé, me diraient certains. Or, ce passé ne passe toujours pas, il habite notre inconscient, il gouverne parfois bien malgré nous nos jugements et vit encore en nous tous car il écrit nos destins dans le présent », a-t-il dit. « Ce qui est historique, c’est la rencontre d’un savoir-faire africain avec une réflexion, une intelligence française », a expliqué le professeur. « Cette rencontre était attendue. Elle a eu lieu aujourd’hui et nous en sommes absolument ravis ».

« J’appartiens à cette génération, celle qui s’interroge , celle qui, héritière bien malgré elle de la fracture coloniale, porte des stigmates d’une opposition frontale de cultures dont les bris de glace émaillent les espaces entre les mots, parce que le passé continue à bouillonner… et que nous autres Africains n’avions pas rêvé d’être colonisés, que nous n’avions jamais rêvé d’être des étrangers dans un pays et dans une culture que nous connaissons sur le bout des doigts. Ce sont les autres qui sont venus à nous, et nous les avons accueillis à Brazzaville, au moment où cette nation était occupée par les nazis ».

« J’appartiens à la génération du Togolais Kossi Efoui, du Djiboutien Abdourahman Waberi, de la Suisso-Gabonaise Bessora, du Malgache Jean-Luc Rahimanana, des Camerounais Gaston-Paul Effa et Patrice Nganang ».

« En même temps, j’appartiens aussi à la génération de Serge Joncour, de Virginie Despentes, de Mathias Enard, de David Van Reybrouck et de quelques autres encore, qui brisent, refusent la départementalisation de l’imaginaire parce qu’ils sont conscients que notre salut réside dans l’écriture, loin d’une factice fraternité définie par la couleur de peau ou température de nos pays d’origine ».

Extrait de la leçon inaugurale de l’écrivain Alain Mabanckou au Collège de France le 17/3/2016

http://www.college-de-france.fr/site/alain-mabanckou/inaugural-lecture-2016-03-17-18h00.htm

cf http://adiac-congo.com/content/remarquable-lecon-inaugurale-de-lecrivain-alain-mabanckou-au-college-de-france-47780

 

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