Le Vide créateur

La pensée occidentale a horreur du vide. L’Ouvert ne lui est que vertige. Conjuré par Parménide, le Rien s’affirme pourtant dans la sophistique de Gorgias et plus tard dans les mystiques et les théologies de la Kénose. Mais ce rapport au Rien éveille le soupçon; et les qualificatifs de sophistique et de mystique servent le plus souvent à disqualifier. Ils stigmatisent une pensée qu’on accuse de n’avoir d’autre rapport au Rien que le rapport à sa propre inanité.
A l’art lui-même on demande une contenance. A la différence de la peinture chinoise, la peinture occidentale, depuis le XIVème siècle apparaît vouée au plein. Cette répartition en deux aires ne signifie pas toutefois que le sens du vide soit une exclusivité chinoise et qu’il dépende de conditions historiques et locales. L’exigence du vide ne procède pas du social variable mais de l’humain constant. Il lui arrive d’ignorer les frontières socio-culturelles ; et quand elle apparaît « hors champ », ce n’est pas par hasard ou au gré des influences, mais avec une spontanéité de source. Le Vide se produit au jour de la peinture occidentale là où celle-ci s’exhausse au-dessus d’elle-même, dans des oeuvres d’exception et d’exception insigne. Inversemnt il arrive à la peinture chinoise de s’enfermer dans le plein « qui fait l’avantage » mais qui « ne permet pas l’usage », ni l’existence hors soi dans l’ouvert du sans-trace.

Henri Maldiney

Extrait de « ouvrir le rien l’art « 

 

 

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