Introduction de « Penser une société ouverte et vive »

Dans cet ouvrage, nous allons nous tourner vers des philosophies pour lesquelles la raison devient seconde par rapport à la vie et à l’existence, là où les paradoxes règnent et où le discours rationnel et scientifique cède la place à la sensibilité, à l’art et à la poésie. Ces philosophies de la liberté, de l’advenir et de l’impossible, s’enracinent dans les pensées de l’existence et de l’indicible, au croisement de l’immanence et de la transcendance, qui avaient été marginalisées au profit des philosophies purement rationnelles dominantes au 19ème et au 20ème siècle. Elles retrouvent aujourd’hui un espace de déploiement inattendu, qu’active la rencontre, à l’échelle de la planète, des sagesses et des spiritualités des différentes civilisations. Irrigant une nouvelle anthropologie, elles ouvrent des chemins inédits et enthousiasmants pour la pensée et pour l’action à travers l’incertitude et l’incomplétude de notre monde. Elles nous aident à penser un nouveau Grand Récit qui pourra rassembler tous les humains différents par leur capacité à vivre en intelligence entre eux et avec les autres êtres vivants et tous les éléments de la terre. Elles conduisent au pays de l’amitié, celui de la nouveauté permanente dans la confiance et la joie de la découverte de l’autre.

Ce livre donne des éléments de sortie de la crise existentielle qui bouleverse notre civilisation.

Nous avons abordé les raisons profondes de sa métamorphose en cours, dans un premier ouvrage, Nos institutions publiques à bout de souffle1. Nous y avons analysé pourquoi nos institutions publiques actuelles sont devenues inefficientes et irréformables. Nous avons établi que cela vient du fait que nous ne croyons plus vraiment à l’amélioration de notre vie et à la maîtrise de notre avenir, par les sciences et les techniques. Nous devenons méfiants devant leur autonomisation de la société humaine et leur volonté de toute-puissance. Nous ne sommes plus adeptes du mythe du Progrès.

Dans un deuxième ouvrage, Solidarités émergentes – Institutions en germe2, nous avons vu que la vie invente chaque jour du nouveau au sein de notre société, et que s’y tissent de nouvelles solidarités. Mais les valeurs qui les sous-tendent ne sont plus, comme au temps jadis de la Modernité, fonder sur la croyance en la maîtrise et la puissance de la technoscience, mais sur l’altérité, c’est-à-dire sur les relations fluides, fragiles et imprévisibles, qui relient les humains entre eux, et, au niveau de notre planète, les humains, les vivants et les choses, ouvrant le moment écologique dans lequel nous sommes entrés.

De nouvelles institutions sont en train d’émerger de cet en-commun qui s’éveille, à bas bruit, dans l’horizontalité de la société. Elles se fonderont sur la non-puissance et la non-permanence, et elles se montreront plastiques et en transformation continuelle. Pour les penser, nous devons revisiter nos philosophies, car les conceptions issues de la croyance en la maîtrise du réel et de l’avenir par les sciences et les techniques ne fonctionnent plus. Mais, comme nous allons le voir dans cet ouvrage, de belles et nouvelles fécondités sont disponibles pour apparaître.

1 Olivier Frérot, Nos institutions publiques à bout de souffle, Centre Littéraire d’Impression Provençal, 2014.

2 Olivier Frérot, Solidarités émergentes – Institutions en germe, Chronique sociale, 2015.

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